Quels savoir-être sur les réseaux ?

Dans le cadre d’une recherche d’emploi à l’international ou dans le cadre d’échanges professionnels avec l’étranger, croyez-vous que nous soyons prêts à échanger sur les réseaux ? Ce sont ces questions que je me pose en observant les candidats français ou en écoutant leurs réflexions sur le sujet. Et cette question me semble loin d’être résolue même si les candidats font preuve de plus en plus d’expérience et d’aisance.

Prenons comme exemple Facebook. Certains candidats l’ont compris mais très souvent quand je demande lors d’ateliers, comment ce réseau peut être utilisé dans le cadre d’une recherche d’emploi, il y a généralement un long temps de silence suivi d’un raclement de gorge puis enfin une moue de dédain et un début de réponse : « Oui, j’ai un compte » ou bien « J’y vais de temps en temps » ou encore « Je n’échange qu’avec mes amis ». Personne ne répond jamais spontanément à cette question. Facebook suscite une réaction très défensive dans le cadre d’une recherche d’emploi. Et ce n’est pas une question d’âge. Parce que je m’adresse aussi à des candidats très jeunes, parfois même partiellement formés à l’étranger. Des mises en garde (nécessaires) ayant fait l’objet d’articles dans les médias il y a plusieurs années, la méfiance s’est généralisée. A tort ! Dans un tel contexte de défiance, avant que les candidats comprennent ce que peut être la page Facebook dédiée au recrutement d’un groupe ou d’une ETI, le parti qu’ils peuvent en tirer et comment exploiter cet atout, il nous faut un certain temps lors d’ateliers d’insertion professionnelle… Pour qu’ils réalisent à quel point une présence sur Facebook est incontournable, je les invite à aller sur la page « carrière » d’un groupe américain, par exemple, à regarder la pertinence des questions postées par des candidats ou encore la qualité des témoignages ou anecdotes sur les processus de recrutement. En France, je les invite à aller sur des pages telles que « careers at Deloitte » pour ne citer que ce groupe.

Alors admettons que Facebook provoque de la méfiance du fait d’une « mauvaise presse » en France mais sur LinkedIn, réseau professionnel international par excellence, les problèmes sont peut-être plus importants.

Quand je pose la question de savoir comment les candidats utilisent ce réseau, les candidats me répondent qu’ils ont un profil avec une photo et souvent même un profil en anglais (ou dans une autre langue). A la question : « Et ensuite ? », il y a beaucoup moins de répondants. Lorsque je demande si certains prennent des contacts avec des recruteurs ou des personnes qui occupent les postes dont ils rêvent pour leur poser des questions, les réponses sont éparses ! Je demande ensuite aux candidats s’ils échangent dans des groupes, s’ils se posent en « expert » sur certaines questions et s’ils profitent de certains espaces pour poser des questions. Là, généralement il y a un minuscule bruit de chaise suivi d’un ou deux murmures : « Oui, je pensais le faire ». Je demande à quoi sert LinkedIn et globalement, la réponse est : « Il faut y être ! ». Sans que personne ne sache dire clairement et rapidement pourquoi. J’explique alors que remplir un profil sur LinkedIn (même en anglais, même avec une très bonne formation, des expériences intéressantes) et s’en tenir à ça, c’est comme s’habiller pour un entretien d’embauche après avoir soigneusement préparé son entretien pour finalement s’asseoir chez soi et attendre dans son salon… ce qui ne viendrait à l’idée de personne. Plus tard quand je creuse la question du comportement à adopter sur LinkedIn, quelqu’un finit toujours par dire qu’il « faut se montrer un peu mais pas trop » et la majorité acquiesce. Or rien n’est plus entravant dans sa recherche d’emploi que cette façon de penser. Cette façon est même paralysante. Nous abordons enfin les comportements totalement contre-productifs (et remarqués par les recruteurs !) : réponses et/ou commentaires trop laconiques, questions abruptes sans un mot de présentation ou de politesse, demandes de contact sans intérêt… (Il ne faut pas hésiter à lire « Et si les candidats pourrissaient le recrutement social ? » de Laurent Brouat, sur ce sujet)

L’utilisation des réseaux n’est pas innée

De fil en aiguille, au cours de ces dernières années, j’ai pensé que les réseaux étaient bien plus adaptés aux anglophones par exemple, qu’aux Français et à leur façon d’être « social ». En France, les réseaux qui sont censés être des facilitateurs, sont aussi source de difficulté. Loin de moi, l’idée de penser que les réseaux coulent de source pour la totalité des américains ou des britanniques par exemple, mais dans l’ensemble et en les fréquentant sur les réseaux, je m’aperçois qu’ils sont beaucoup plus coopératifs, plus avenants et plus modérés tout en étant… plus libres.

L’utilisation des réseaux fait appel à la sociabilité. Et la sociabilité d’un Français n’est pas celle d’un Américain, ni celle d’un Anglais et encore moins celle d’un Espagnol. En France, une enquête « Conditions de vie et Aspirations des Français » permettait en 2001, de mettre en évidence quatre cercles relationnels : le foyer, la famille, les amis et les associations (révélant d’ailleurs que « 64% de nos concitoyens déclarent que la famille est le seul endroit où l’on se sente bien et détendu »…). Sans vouloir en tirer des conclusions trop rapides en se limitant à cet extrait, il est bon de noter que la sociabilité des Français s’est développée pendant longtemps surtout dans le cercle familial. (Dans « La lente évolution de la sociabilité », Maxime Parodi explique aussi qu’ « Internet apparaît clairement comme une technologie approfondissant la lente évolution de la sociabilité vers les communautés d’intérêts » et que « Le succès des forums de discussions illustre cette idée que l’individu participe à de plus en plus de cercles sociaux, de plus en plus spécialisés »).

Ceux qui décident de travailler à l’international, doivent en outre savoir que les Français ne sont pas des champions en matière de coopération et que la distance hiérarchique en entreprise, forte dans notre pays, ne favorise pas la prise de contact. Benjamin Pelletier explique au sujet de la distance hiérarchique : « … on ne s’assoit pas à côté de n’importe qui, on respecte les liens hiérarchiques jusque dans la prise de parole. Chacun représente sa fonction tel un comédien sur une scène de théâtre. On ne travaille pas ensemble, on se surveille. » . Donc distance et méfiance.

Petite leçon de sociologie

Mais la sociabilité est une valeur américaine ! Les américains cultivent la coopération, le contact facile et la modération des réactions, dans une vie en groupe qui leur paraît indispensable. Dans « Communication et société », Gregory Bateson et Jurgen Ruesch en parlent très bien : « Aux États-Unis, la vie en commun et l’interaction avec les autres sont considérées comme une fin en soi (…) Quels que soient la profession ou l’emploi occupé par un individu, ses supérieurs et ses subordonnés le traiteront toujours comme un être humain (…) Pour maintenir l’appartenance au groupe, l’Américain doit toujours être grégaire. Dans une certaine mesure, la valorisation de la grégarité peut s’expliquer par les circonstances rencontrées par les premiers colons et pionniers. Ils étaient forcés d’agir collectivement pour se protéger d’un environnement hostile: bien s’entendre en groupe était essentiel pour survivre. En outre, la grégarité remplace, d’une certaine façon, la famille élargie qui fait fréquemment défaut à l’Américain. En effet, ou bien les membres de la famille vivent séparés et dispersés à travers le continent, ou bien certains parents sont restés en Europe. C’est pourquoi, avec le temps, la sociabilité est devenue un trait national. Elle est, de nos jours, associée au comportement des classes moyennes, comportement qui incarne le mieux le caractère national américain. On peut appeler sociabilité la valorisation d’une coopération harmonieuse, d’un contact amène, de réactions modérées; il vaut mieux également éviter de s’impliquer trop et être toujours disposé à prendre ses distances avec des relations existantes et à faire de nouvelles connaissances. Aux États-Unis, ce trait de personnalité est fréquemment considéré comme un des plus importants critères d’un bon ajustement social ».

Inventeurs de réseaux (et alors que beaucoup de candidats, souhaitent rejoindre l’Amérique du Nord !), inspirons-nous des Américains ! Apprenons à être « sociables » selon leurs critères : coopération, contact agréable et propos modérés. Beaucoup d’entre nous circulent déjà sur les réseaux selon ces critères.

Inspirons-nous aussi des Anglais ! Envisager leur sociabilité via les « clubs » (ancêtre des réseaux ?) permet de mieux la saisir. Ainsi que l’écrit Valérie Capdeville dans « Convivialité et sociabilité : le club londonien, un modèle unique en son genre ? », l’appartenance à un club « pouvait se révéler un tremplin professionnel efficace et le meilleur moyen pour asseoir une carrière politique ». Elle décrit aussi un club « plutôt homogène et s’apparentant à une assemblée de pairs. La conversation et les échanges entre égaux sont sources de satisfaction et s’avèrent souvent fertiles (…) le but de cette sociabilité est d’éviter les conflits et d’harmoniser les rapports sociaux (…) Contrairement au salon français, qui se veut un espace de sociabilité et d’expression public mais qui reste physiquement ancré dans la sphère domestique (…) le salon anglais se trouve en réalité à mi-chemin entre espace privé et espace public (…) Il permet aux Anglais de réconcilier leur caractère taciturne et leur amour du débat, grâce à la création d’un espace de société sélectif, réglementé certes, mais convivial et rassurant (…) : l’esprit d’association et l’esprit d’indépendance ».

Coopératif, modéré, convivial et… libre ! Voici les savoir-être auxquels ces cultures nous invitent sur les réseaux. Sachons saisir cette « sociabilité conviviale » pour notre réussite personnelle comme dans notre désir d’ouverture au monde.

N’hésitez pas à échanger avec moi sur ce sujet dans le groupe « L’Expatmobile » sur LinkedIn


Comment les recruteurs des USA, d’EMEA et d’Asie-Pacifique utilisent les réseaux sociaux et outils en ligne

Lorsque les candidats s’interrogent sur leur visibilité ainsi que sur les façons d’entrer en contact avec des recruteurs internationaux, la question est de savoir comment les recruteurs travaillent. Deux études parues cet automne, peuvent être l’occasion de faire le point sur la façon dont les recruteurs utilisent les réseaux sociaux et outils en ligne dans le monde.

L’édition 2014 du « Global Sourcing Survey », réalisée par Alexander Mann Solutions et Social Talent, a interrogé 328 recruteurs* mondiaux, sur leurs façons de faire. Les résultats sont regroupés en 3 zones géographiques : Amérique, EMEA et Asie-Pacifique.

La conclusion de l’étude est claire : l’utilisation des réseaux sociaux, du microblogging et des messageries dans la recherche de candidats, n’en est qu’à son balbutiement, Google+, Twitter et Facebook notamment, étant encore largement sous-exploités.

La deuxième étude est du Cabinet Oasys Consultants. Elle a été réalisée auprès de consultants en recrutement et chasseurs de têtes français cherchant à pourvoir des postes de cadres supérieurs et de dirigeants, travaillant ou non à l’international. En France, les consultants en recrutement et chasseurs de têtes font le quart des recrutements de cadres.

Première constatation : 44 % des personnes interrogées pratiquent la diffusion d’offres et l’approche directe.

La plupart des conclusions de l’enquête d’Oasys Consultants s’appliquent très probablement à des pays européens tels que la Suisse (1er pays d’expatriation des Français), la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et éventuellement l’Italie.

96% des recruteurs mondiaux utilisent LinkedIn

et en France, 99% des recruteurs utilisent LinkedIn et Viadéo. C’est sans surprise.

Pour ce qui concerne les recruteurs d’Asie-Pacifique, le score est un peu moindre : 85%. Même si les habiletés et les techniques de recherche des recruteurs de cette zone sont les plus élevées au monde, ces recruteurs utilisent beaucoup le microblogging dans leurs recherches de candidats (Sina Weibo en Chine et Twitter, dans la plupart de la zone).

Les recruteurs Américains quant à eux, utilisent LinkedIn à 99%, ce qui fait d’eux les leaders mondiaux dans l’utilisation de ce réseau. Ce sont eux qui ont la plus forte proportion de comptes LinkedIn payants (61% contre 51% pour le reste du monde). Ces comptes payants sont utilisés pour l’envoi d’InMails. L’Amérique arrive en tête pour la recherche de candidats « passifs ». Pourtant c’est aussi en Amérique que ce type de recherche est la moins productive : < 10%. C’est donc dans cette zone que vos chances d’être contacté(e) de façon spontanée sont les plus importantes…

A noter qu’il ne faut pas confondre un recruteur avec son nombre de relations : 20% des recruteurs mondiaux ont moins de 500 relations. Les recruteurs d’EMEA sont ceux qui présentent le plus grand nombre de relations (souvent + de 500) et les recruteurs américains sont 33% à être « super connectés », c’est à dire à avoir plus de 2 000 relations. Mais le nombre de relations ne donne pas d’indication sur la qualité ou l’influence du recruteur.

En France, parmi les 99% de recruteurs qui utilisent LinkedIn et Viadéo, 66% « accordent de l’importance » à votre profil dans le cadre d’un recrutement. Pour en savoir plus sur la façon dont votre profil est utilisé dans le recrutement, vous pouvez lire cet article que j’ai écrit il y a peu sur le sujet, en cliquant ici

Twitter, médaille d’argent ?

60 % des recruteurs mondiaux l’utilise selon le rapport Global Sourcing Survey, et ceci de façon plus importante en Amérique et EMEA qu’en Asie-Pacifique. Dans leur activité globale sur Twitter, les recruteurs utilisent généralement leur compte personnel pour diffuser des offres (35%), contacter des candidats (35%) et rechercher des candidats (22%). Voici donc de bonnes raisons de ne pas faire d’impasse sur Twitter, même si les 22% destinés aux recherches de candidats semblent bien modestes !

Dans l’étude française, 11% seulement des recruteurs disent « accorder de l’importance » aux tweets du candidat.

37% des recruteurs mondiaux font des recherches de candidats sur Facebook

Avec en premier lieu les Américains ! 46 % d’Américains contre 28% de recruteurs d’Asie-Pacifique. Si vous cherchez un emploi dans cette zone, vous devez absolument être présent sur ce réseau que les américains adorent. Comme il y a beaucoup de réticences de la part des Français qui considèrent ce réseau comme personnel, vous pouvez apprendre comment séparer le professionnel et le privé sur votre compte en consultant un tutoriel comme celui-ci (cliquez ici), par exemple.

Les groupes mondiaux sont de plus en plus présents sur Facebook avec des FanPages dédiées au recrutement. Un baromètre de Flink-Up.jobs (cliquez ici) donnait l’année dernière, les résultats de FanPages dédiées au recrutement. Beaucoup de groupes internationaux recrutant des jeunes diplômés notamment, sont présents sur Facebook, même si c’est encore de façon inégale. Dans la recherche d’emploi à l’international, assurez-vous de la présence de ces pages dans les sociétés que vous visez, surtout si vous êtes jeune diplômé ou si vous visez des start-up…

Enfin, sachez que, pour l’instant, « 37% des recruteurs seulement ont accès aux pages de leur entreprise », ce qui les oblige pour la plupart, à « utiliser un compte personnel » pour exercer leur activité sur Facebook.

Les recruteurs d’Asie Pacifique utilisent moins Facebook (28%), peut-être du fait de « restrictions d’utilisation sur leur lieu de travail » (rapportées par 68% des recruteurs chinois, par exemple).

23% des recruteurs sont sur Google +

dont 15% seulement de recruteurs d’Asie-Pacifique.

77% des recruteurs donc « ignorent, pour l’instant, le fait que Google+ ait 4 fois plus de profils que LinkedIn » nous dit l’étude « Global Sourcing ». Du fait de restriction d’accès aux pages de l’entreprise ? Seulement 1/3 des recruteurs peuvent poster sur la page Goggle+ de leur entreprise.

En France, 52 % des recruteurs (13% systématiquement et 39% de façon plus occasionnelle) l’utilisent… Si vous cherchez un emploi à l’international qu’il soit basé en France ou à l’étranger, Google + n’est donc pas à dédaigner.

Les messageries instantanées

L’utilisation de ce moyen de contact « explose avec les applications sur mobile ». Ce sont les recruteurs d’Asie-Pacifique qui en font l’usage le plus important avec WeChat (Chine) sur lequel les candidats postulent sur les pages entreprises. Dans le reste du monde iMessage (Apple) et WhatsApp (Facebook) arrivent en tête des favoris.

Une conclusion à noter

Dans ces deux études, l’une des conclusions est commune : le recrutement est un mélange de moyens traditionnels et de nouvelles technologies. Le Global Sourcing Survey cite l’importance de l’appel téléphonique après la prise de contact sur les réseaux et l’étude Oasys souligne la récurrence de certains moyens utilisés par les recruteurs tels que consultation d’annuaires, publication d’annonces, recherches en candidathèques… Il est donc vivement conseillé de garder la main sur les moyens traditionnels de la recherche d’emploi alors que vous vous rendez visible en ligne.

Les autres enseignements de l’étude Oasys Consultants

Cette étude mérite vraiment une lecture de votre part ! Ce n’est pas si souvent que des consultants en recrutement et chasseurs de tête s’allongent sur le divan pour parler métier !

Trois des conseils phares de ce rapport :

. un CV de préférence anti-chronologique

. un moyen de contact remarqué : une candidature par mail à l’un des membres du cabinet visé

. pas d’envoi de lettre de motivation mais un mail de motivation

*J’ai traduit « talent sourcers » par « recruteurs » car l’étude dit qu’il s’agit de : « Sourcers that work in-house, those that work for third party providers and agencies »