Rechercher du travail en France au retour d’expatriation

Je suis sidérée par les propos qui sont tenus aux expatriés de retour en France,  lorsqu’ils se mettent à rechercher un emploi et je leur dédie cet article. Car quand je dis « sidérée », le mot est faible mais je n’en ai pas de meilleur. Estomaquée ? Renversée ? Bouleversée ?.. Vous m’avez comprise… Il est d’autant plus dommage que les ex-expatriés soient malmenés que le marché de l’emploi est en plein bouleversement et de nombreux profils ex-expatriés et/ou multilingues peuvent y trouver leur place.

En bouleversement parce que tout change tellement vite qu’il faut des personnes agiles. En bouleversement parce que notre société est obligée de s’ouvrir tellement vite à la mondialisation, la crise aidant, que les compétences ne suivent pas bien et que de nombreux recrutements s’essoufflent. Enfin, en bouleversement parce que le web a changé la donne avec la recherche de nouveaux types de compétences. Et tout ceci est tel que ceux qui vous disent que vous n’entrez pas dans le moule, sont eux-mêmes out pour la simple et bonne raison que dans de nombreuses entreprises, il n’y a plus de moule. Les entreprises sont en recherche de nouveaux modes de fonctionnement leur permettant d’accélérer leur développement et pour cette raison, les candidats « au moule », ne les intéressent plus. Enfin, les entreprises n’ont plus d’argent : il est donc difficile pour elles de payer quelqu’un qui n’aura pas une grosse valeur ajoutée.

Alors oui, le fonctionnement des groupes est différent et suit son bonhomme de chemin avec des recherches de profils qui évoluent et des difficultés de recrutement qui sont d’un autre ordre. Oui, les grandes écoles de commerce, non seulement suivent les tendances mais savent les anticiper. Mais tout le monde ne fait pas une grande école de commerce et ce ne sont pas non plus, les grands groupes qui recrutent le plus. Ce sont les PME. Les start-up les suivent de près. Les PME sont globalement plutôt dépassées par la digitalisation et c’est sans parler de la mondialisation.

A l’heure actuelle, certaines entreprises, en province notamment, peuvent rechercher pendant plus de 6 mois, un community manager avec un très (très) bon niveau de langue étrangère et une vraie connaissance culturelle d’un pays ou d’une zone géographique particulière… Ce n’est qu’un exemple mais il est vrai pour de nombreux métiers. Et un nombre important d’entreprises ne trouvent jamais ce qu’elles souhaitent. Lorsqu’elles trouvent, elles préfèreraient bien sûr, que la personne ait exercé ce métier pendant 10 ans dans une grosse boîte aux US… Mais généralement, quand les compétences recherchées sont là, elles se fichent éperdument que le (ou la) candidat(e) en question ait élevé 3 enfants ou soit passé du secteur du tourisme à celui de la formation. Nous avons en France, une période d’essai (plutôt longue), il est aussi possible de signer des CDD et les entreprises savent très bien utiliser tout cela pour se faire leur idée sur quelqu’un.

D’autres entreprises sont devenues des championnes du recrutement informel. J’en rencontre et j’en entends parler de plus en plus. Vous aussi, très probablement. Ce sont celles qui vont recruter à la suite d’une rencontre en covoiturage ( !) ou recruter quelqu’un du milieu artistique pour exercer un tout autre métier ( !) ou encore recruter quelqu’un parce qu’elles le ou la connaissent par personne interposée. Elles sont minoritaires soit, mais aussi de plus en plus nombreuses, pour la simple et bonne raison que pour réussir aujourd’hui, elles ont besoin de bousculer les codes.

Or il s’avère que les ex-expatriés sont des héros de l’adaptation, de l’anticipation et de l’habileté. Et c’est ce dont les entreprises actuelles ont besoin. Quelle chance, n’est-ce pas ?

Il est donc temps que les ex-expatriés aient bien conscience de leurs atouts et que l’on cesse de leur raconter n’importe quoi.

Diane Pinelli