Travailler en contrat local après un V.I.E [Interview]

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© Romain Hagege

Je rencontre Romain Hagege à l’ESCE en 2015, lors d’un atelier d’insertion professionnelle à l’étranger, en dernière année de Master. Les étudiants de l’ESCE sont toujours remarquables d’intelligence, de vivacité et de connaissance mais Romain l’est particulièrement. Bien que sobre en paroles, il communique avec aisance et beaucoup de cordialité. Nous restons en contact et je découvrirais son cursus : MBA et Master International Business & Marketing ainsi que son départ pour l’Afrique du Sud. Trois ans plus tard, je l’interroge alors qu’il est Regional Sales Manager chez Mane

Quel a été votre moteur dans votre parcours de formation ?

Romain H. : Voyager. C’est indéniable. Et j’ai commencé dès que possible avec un Erasmus à Barcelone en 2e année, puis un stage à Londres en 3e année, un MBA à la Nouvelle-Orléans en 5e année et un stage de fin d’études à Singapour. C’était vraiment ce que je voulais…

C’est ce qui a motivé votre recherche de V.I.E ?

Romain H. : C’est exact. J’avais fait mon stage de fin d’études à Singapour donc, chez Symrise qui est l’un des premiers fournisseurs mondiaux de parfums et arômes. Après avoir orienté toute ma formation sur l’international, je souhaitais avant tout avoir un profil cohérent. Je pensais profiter du fait d’être sur place pour trouver un V.I.E. mais j’ai également postulé à des offres de V.I.E sur le Civiweb et c’est ainsi que j’ai découvert l’offre d’Account Manager East Africa de l’entreprise Mane, l’un des leaders de l’industrie des parfums et des arômes.

Il est difficile de présager des raisons pour lesquelles on est choisi par une entreprise mais pourquoi pensez-vous avoir été retenu par Mane ?

Romain H. : Il est bien évident que je correspondais à leurs critères de formation, d’expérience à l’étranger, de niveau d’anglais et que j’avais déjà une expérience dans leur secteur d’activité. Ceci étant dit… je pense que le fait que j’accepte de me rendre sur place pour l’entretien (ils sont dans les Alpes Maritimes et j’étais à Paris), leur a bien plu ! Ils avaient eu des entretiens par Skype, je descendais d’un coup d’avion (qui était payé) pour les rencontrer…

Addis Abeba, Ethiopie. Les capitales d’Afrique de l’Est sont pleines de contraste. Les cabanes en taule côtoient les gratte-ciel et à chaque visite, je vois de nouveaux bâtiments en construction -© Romain Hagege

Je pense m’être différencié ainsi, en mettant en avant un profil dynamique et mobile. L’Afrique de l’Est est une région extrêmement pauvre mais paradoxalement en plein boom économique, elle est très diverse politiquement et culturellement. Le poste demandait donc d’avoir un profil de « baroudeur » qui j’avais acquis en vivant dans différents pays auparavant.

Avez-vous un conseil à donner à ceux qui cherchent un V.I.E ?

Romain H. : A moins d’avoir une formation très prestigieuse, je pense qu’il faut cibler les entreprises d’un secteur et/ou d’un pays, dans lesquels on a de l’expérience. Il est inutile de postuler à plein d’offres. Il faut en cibler quelques-unes pour lesquelles on possède un réel avantage compétitif. Un VIE n’est pas un stage, il faut montrer qu’on peut être opérationnel dès le début de la mission

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Marché de Dar es Salaam, Tanzanie. Pour chercher de nouveaux clients, je vais dans les marchés locaux pour identifier les marques. C’est souvent comme ça, que j’identifie les nouveaux prospects et trouve les premiers contacts – © Romain Hagege

Comment s’est passée votre arrivée en Afrique du Sud ?

Romain H. : Très joyeusement. J’étais absolument ravi. A l’aéroport, j’ai pris la voiture que j’avais louée et… je me suis fait attaquer sur l’autoroute par des faux policiers. Et là, j’ai tout perdu : mes affaires personnelles et mon argent. Je savais que le pays était dangereux, mais tout s’est passé si vite, ça a été un choc.

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Usine de savon. Maputo, Mozambique.
Pour comprendre si un client a du potentiel, je visite souvent son usine et y évalue ses capacités de production –© Romain Hagege

L’Afrique du Sud est statistiquement l’un des pays les plus dangereux au monde et Johannesburg l’est tout particulièrement. Le pays est magnifique, les gens sont très accueillants et il est possible de se faire beaucoup d’amis mais l’Afrique du Sud arrive en 2e position des pays les plus inégalitaires au monde. Et ces inégalités sont vertigineuses. Il est courant de voir à un carrefour, une Ferrari, et un mètre plus loin, un mendiant à moitié nu.  Ces inégalités insupportables sont le plus grand enjeu de cette jeune nation.

Vous êtes resté malgré tout ?

Romain H. : Je suis resté. Mais c’est parce que j’avais déjà pas mal voyagé, sinon je pense que je serais rentré. J’avais déjà vécu des aventures qui auraient pu mal finir et desquelles je m’étais tiré avec beaucoup de chance. A Johannesburg, j’ai eu un coup de malchance mais ce n’était pas suffisant pour me convaincre de rentrer. L’attaque ne changeait absolument rien au fait que ce poste était la meilleure opportunité de ma jeune carrière.

Parlez-nous de votre mission…

Romain H. : Mane vend des huiles de parfums. Ces huiles s’intègrent dans tous types de produits : parfums de luxe, savons, gels douche, shampoings, crèmes, etc. A mon arrivée, Mane était très performant en Afrique de l’Ouest et souhaitait se développer en Afrique de l’Est. Le marché de l’est de l’Afrique est principalement celui des produits de grande consommation (savon et cosmétiques) et notamment des produits pour les cheveux. C’est un marché immense. J’ai donc pris ce poste d’Account Manager en V.I.E de 12 mois, pour étudier les possibles développements en Afrique de l’Est.

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Afin de convaincre les fabricants de produits, nous réalisons des études consommateurs pour définir leurs préférences en terme de parfum. Ici pour de la lessive en poudre, Mekele, Ethiopie – © Romain Hagege

Au terme de cette mission, j’avais doublé le chiffre d’affaires sur la zone Malawi, Ethiopie, Tanzanie et Ouganda et un contrat en tant que responsable de la zone m’a été proposé.

Vous êtes aujourd’hui en contrat local ?

Romain H. : Oui, je viens de signer un contrat de 4 ans en tant que « Regional Sales Manager East Africa »

Vous savez combien il est difficile pour les Français de travailler en Afrique du Sud. Avez-vous la moindre astuce ?

Romain H. : Pour mon visa, j’ai bénéficié d’un « Intra Company Transfer Permit » qui permet à une multinationale de transférer un salarié français dans une filiale. Mon entreprise est passée par une entreprise spécialisée en visa pour s’occuper des formalités. Ce fut simple et rapide.

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En attendant les mamans, on s’occupe en faisant des cocottes en papier… Les enfants Ethiopiens m’appelle parfois « China » malgré mon apparence européenne. Ils sont plus habitués aux Chinois qu’aux Européens. L’influence de la Chine sur l’Afrique de l’Est est tout simplement immense –© Romain Hagege

Pour répondre à votre question, je n’ai pas d’autre piste qu’une anecdote très drôle. Dans le dossier de demande de visa, une rubrique « critical skills » permet de faire figurer les compétences que l’on possède et qui sont manquantes dans le pays. Une de mes amies, jeune diplômée sans emploi, a mentionné « français » dans cette rubrique. Elle a obtenu son visa…

Comment est-ce de travailler dans une équipe sud-africaine ?

Romain H. : Je travaille dans une équipe de 25 personnes dont 5 Français et 20 Sud-Africains. Ils sont d’origine anglaise, afrikaans et il y a des représentants de différentes ethnies africaines. L’Afrique du Sud est multiculturelle et possède 11 langues officielles. Elle est souvent appelée la « Nation Arc-en-ciel » mais est encore en pleine évolution post apartheid. La complexité du contexte actuel demande des capacités d’adaptation et une grande ouverture d’esprit.

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En allant chez certains clients, je traverse parfois des paysages magnifiques.
Sur la route entre Kampala et Entebbe, le lac Victoria (Ouganda) – © Romain Hagege

Comment voyez-vous l’avenir ?

Romain H. : A terme, mon objectif est de devenir entrepreneur…

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… et parfois, j’en profite pour explorer les alentours durant le weekend 
En face de Dar Es Salaam, se trouve l’Ile de Zanzibar – © Romain Hagege

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Interview réalisée par Diane Pinelli